DIADEMS

Présentation générale du problème

Les archives du Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative (LESC) et du Laboratoire d’Eco-anthropologie et Ethnobiologie du Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) définissent une collection d’une grande importance historique et unique au monde, de plus de 4000 heures de musiques inédites. Les pays d'origine de ces enregistrements (en Afrique, Europe, Asie, Amériques....) ont également des attentes légitimes sur un « retour » de leur patrimoine culturel ancestral et souvent en voie de disparition. Ils comptent fortement sur un transfert de technologie pour l'exploitation et la valorisation de ce patrimoine immatériel, qui représente leur identité culturelle, et donc un enjeu important pour les populations.

Le contexte du projet est l’indexation et l’amélioration de l’accès aux fonds d’archives sonores du LESC (UMR7186) : le fonds du Centre de Recherche en Ethnomusicologie (CREM) d'enregistrements de musiques traditionnelles du monde entier et celui d’ethnolinguistique du centre d’Enseignement et de Recherche en Ethnologie Amérindienne (EREA) en ce qui concerne le corpus oral maya, ainsi que celui du MNHN de musiques traditionnelles d'Afrique centrale.

Contexte, enjeux économiques et sociaux

L'enjeu est de rendre ce patrimoine immatériel mondial accessible et exploitable scientifiquement : grâce à des outils modernes et innovants dans le secteur de l'audiovisuel, plus particulièrement dans le traitement du son. Ce projet permettera à nos équipes CNRS de se positionner au niveau international en valorisant concrètement un patrimoine culturel auprès d’un large public, tout en exposant leur grande expertise technologique.

Des opérations de coopération pour le retour des archives sont nombreuses, comme par exemple, au Gabon, au Yémen, en Algérie, en Bolivie, au Brésil, au Burkina-Faso, en Indonésie... Mais sans « accompagnement » technologique et sans outils de diffusion large et pérenne, ces retours restent souvent d’un impact limité. Cette coopération contribue à entretenir les échanges culturels ainsi que les relations diplomatiques de la France avec les pays du Sud. Elle s’inscrit dans une grande tradition française d’aide au développement social et culturel, dont l’enjeu est le rayonnement politique et économique, tout en se positionnant sur les outils semi-automatique d’indexation du son, très en vue actuellement aux Etats-Unis et en Europe (dans le secteur de la radio et des archives audiovisuelles).

Objectifs et caractère ambitieux du projet

L’objectif de ce projet est d'étudier et d'implémenter diverses technologies du traitement automatique du son afin de faciliter l’accès aux archives sonores ci-dessus définies, tout en favorisant l’enrichissement documentaire, et ce au travers d’une interface appropriée. Cet objectif peut être divisé en trois parties principales qui correspondent à :

De ce fait, les objectifs scientifiques des différents partenaires sont complémentaires et très corrélés. En effet, les fournisseurs de technologie doivent fournir des outils d'indexation qui vont être intégrés dans l'interface de la plateforme Télémeta. Ces outils doivent répondre aux besoins des usagers (ethnomusicologues, documentalistes, ethnolinguistes, etc.).

Objectifs des fournisseurs de technologie

Les fournisseurs de technologie sont menés à fournir dans un premier lieu des technologies existantes telles que la détection de parole, de musique, la structuration en locuteurs. Ces outils visent à extraire des segments homogènes d’intérêt pour les usagers. Les systèmes technologiques auront à faire face à la diversité des bases qu’il est proposé d’étudier dans ce projet ; leur hétérogénéité est liée aux conditions d’enregistrement, à la nature des documents, à leur origine géoculturelle, stylistique et contextuelle.

Dans un second lieu, les fournisseurs de technologie auront à proposer des outils innovants d’exploration du contenu des segments homogènes. Les travaux sur l’opposition voix parlée-déclamée chantée, le chant, les tours de chant, la recherche de similarité musicale n'étant pas matures, un important travail de recherche sur la définition et la détection automatique de ces catégories analytiques reste à faire en collaboration avec les ethnomusicologues, ethnolinguistes et acousticiens.

Objectifs des usagers

Les ethnomusicologues, ethnolinguistes, acousticiens spécialistes de la voix et les documentalistes spécialisés vont jouer un rôle important dans le projet en tant que futurs utilisateurs des outils d’indexation. En effet, les documentalistes doivent s’approprier les outils et apporter leur expérience afin de les adapter à leur besoins en indexation. Un échange important doit se réaliser entre celui qui fournit l’outil, celui qui l’intègre et celui qui l’utilise pour rendre l'indexation semi-automatique. Un effort particulier doit être porté sur la visualisation des résultats.

Pour l’ethnomusicologue, le musicologue et l’ethnolinguiste, l’objectif va au-delà de l’indexation. Il s’agit au travers des aller et retour entre lui et les concepteurs de technologies de cibler les outils pour l’extraction d’informations pertinentes pour l'étude des musiques traditionnelles.