Accueil du site > Français > Thèmes de recherche > Thème 3 - Interaction, autonomie, dialogue et coopération > Equipe SMAC > Site SMAC > Projets, outils et applications > Projets > Projets terminés > Vers une formalisation des théories des organisations
| Dates : Janvier - Décembre 2008 |
| Financement : ST2I |
Partenaires :
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| Contact pour l'IRIT : Christophe Sibertin-Blanc |
Depuis plus de deux décennies, certains domaines des sciences de l’homme - neuro-sciences, sciences cognitives, psychologie ou ergonomie parmi d’autres - ont rencontré de manière féconde des champs de la recherche en informatique - intelligence artificielle, représentation et traitement des connaissances, logiques modales, Systèmes Multi-Agents notamment. La formalisation ou l’exploitation métaphorique des théories et résultats empiriques des sciences de l’homme ont permis la production de modèles computationnels qui se sont avérés extrêmement utiles en informatique et ont, en retour, permis de préciser certains aspects de ces théories. De même, l’éthologie et plus particulièrement l’étude des insectes sociaux, ont inspiré les systèmes à base d’agents réactifs et indirectement le domaine actuellement très actif de la simulation individu-centrée.
La même synergie n’a pas eu lieu, particulièrement dans le monde francophone, entre les sciences de la société et l’informatique. Pourtant on peut penser qu’une collaboration plus active entre sociologie et informatique est de nature à produire des résultats mutuellement utiles aux deux disciplines. La recherche entreprise entre informaticiens et sociologuesde l’université de Toulouse 1 semble aller dans ce sens : en partant de la sociologie de l’action organisée de Crozier et Friedberg, nous avons construit un modèle de la coopération qui, d’une part, apporte des bases théoriques plus rigoureuses à cette approche et par là ouvre de nouvelles perspectives en sociologie et, d’autre part, est susceptible d’être appliqué à des phénomènes organisationnels non humains de par sa généralité. Un environnement a été développé, SocLab, qui permet de décrire la structure du « Système d’Action Concret » étudié, d’analyser sa structure, et de simuler le comportement des acteurs sociaux.
Prenant acte de la nécessaire pluralité des théories du social mais aussi de la difficulté à les faire communiquer entre elles, J.-M. Berthelot a proposé (1990, 1996, 2000) une formalisation logique des « schèmes d’intelligibilité » mobilisés par les sciences sociales et singulièrement la sociologie. Cette formalisation à un niveau très agrégé - celui des « schèmes » au nombre de six - appelait une déclinaison à un niveau plus détaillé - celui des théories, beaucoup plus nombreuses. Nous pensons que ce projet de mise en oeuvre d’une « comparaison réglée » entre les théories sociologiques pourrait être poursuivi et élargi en mobilisant les techniques de modélisation de l’informatique. Il s’agirait, à l’image de ce que nous, sociologues et informaticiens de l’université de Toulouse 1, avons fait pour la sociologie de l’action organisée, de tenter de formaliser et de modéliser d’autres corpus théoriques. La faisabilité d’un tel travail exige, de notre point de vue, de partir d’un « objet » social relativement bien défini, en l’occurrence l’organisation. Ainsi il s’agirait de formaliser, de modéliser et, éventuellement, de simuler un certain nombre d’approches des organisations relevant en propre de la théorie des organisations (Coleman, Boltanski et Thévenot, Reynaud, Luhmann, March ou Mintzberg par exemple). Un tel travail permettrait de clarifier, par une sémantique rigoureuse, les oppositions, compatibilités et complémentarités existant entre ces approches, et ainsi de les confronter les unes aux autres et/ou de les compléter les unes par les autres. Dans un second temps, on peut envisager de procéder, sur des cas empiriques précis, à des « tests » des modèles réalisés afin d’éprouver et de comparer tant la nature que l’étendue de leur pouvoir explicatif. La mise en évidence des domaines de pertinence et les mérites respectifs de ces théories est susceptible d’éclairer nombre de pratiques dans les domaines de l’organisation des entreprises et des structures administratives ou de la mise en application des politiques publiques.
La modélisation des systèmes sociaux est un domaine qui a pris de l’ampleur depuis, par exemple, le modèle de ségrégation sociale de Schelling ou de tournoi entre les « meilleures » stratégies pour le dilemme des prisonnier itéré d’Axelrod. En témoignent des séries de conférences telles WCSS, ESSA, MABS, Artifcial Economics, AESC entre autres, la revue JASSS ou l’ACI « Systèmes Complexes et SHS ». Ces travaux, qui portent principalement sur la simulation de phénomènes économiques ou sociaux particuliers, ont permis le développement d’outils dans le domaine de la modélisation à l’aide de techniques qui utilisent le MOF d’UML, les ontologies, et pourraient assez naturellement s’étendre en direction de l’ingénierie des modèles. L’intérêt de l’informatique pour un tel projet tient à ce qu’elle est confrontée à la réalisation de systèmes de plus en plus complexes dont la maîtrise de l’(auto-)régulation et de l’évolution s’avèrent très problématiques. Les organisations sociales possèdent à l’évidence des qualités de robustesse, de flexibilité et d’adaptabilité qui sont hautement désirables pour tous les systèmes (notamment les Systèmes Multi-Agents et les systèmes de systèmes) dans lesquels la part de l’informatique est prépondérante. Il est donc raisonnable de penser que ces systèmes se trouveraient bien d’exploiter des modèles d’organisation, de coordination et de coopération inspirés des mécanismes qui sont à l’oeuvre dans les organisations sociales.