Depuis presque 20 ans, j'assure une activité importante autour de la langue des signes (LS), son étude et son utilisation, notamment dans l'enseignement. Cette activité rejoint maintenant mes fonctions d'enseignant-chercheur à l'université, mais elle a fortement conditionné mon parcours universitaire.
Au début des années 80, j'ai été confronté, à titre familial, au problème de la surdité, et plus particulièrement, dans un premier temps, à celui de la scolarité des jeunes sourds. J'ai alors découvert, avec un très grand étonnement, l'écart énorme entre le niveau scolaire atteint par les élèves sourds et celui des élèves entendants du même âge. L'immense majorité des sourds terminaient leur scolarité sans vraiment savoir lire et donc sans diplôme (80% des sourds profonds sont illettrés, selon une enquête parlementaire de 1999). L'enseignement était alors exclusivement donné en français oral et les méthodes pédagogiques n'exploitaient que faiblement le mode de perception visuel de ces élèves.
Dans un cadre associatif d'abord, dont je ne parlerai pas ici, puis comme enseignant et maintenant comme chercheur, je me suis fortement investi dans ce domaine.
J'ai tout d'abord cherché à développer des outils pédagogiques utilisant l'ordinateur pour exploiter le caractère purement visuel de la perception des enfants sourds. De 1983 à 1986, j'ai encadré la thèse de Philippe Papaix, premier chercheur sourd à obtenir un doctorat de 3ème cycle, sur l'étude d'un "Système de génération d'exercices à base d'images pour l'éducation des enfants sourds", soutenue en octobre 1986.
Cependant ces techniques ne sont que des palliatifs ou des compléments. La vraie solution réside dans la prise en compte du mode de communication particulier des sourds, la langue des signes. Or celle-ci était encore peu étudiée, peu connue et pratiquement pas utilisée dans l'enseignement.
En 1985, après m'être formé à la LS, j'ai créé (1) et assuré la responsabilité d'un service de scolarité en langue des signes pour élèves sourds, intervenant en primaire (1985), puis en collège (1991) et enfin en lycée (1995).
Cette création, dans un cadre associatif (antenne locale de 2LPE), a nécessité la redéfinition d'un programme, l'élaboration d'une approche pédagogique totalement innovante, le recrutement et l'accompagnement d'enseignants sourds.
En 1988, 2LPE cessant son activité, j'ai créé l'institut IRIS (Institut de Recherche sur les Implications de la langue des Signes) pour développer un centre de formation à la LS, et accentuer l'activité de recherche sur l'enseignement en LS. Lors de l'ouverture d'une filière en collège, j'ai assuré pendant 4 ans (1991-1995) un mi-temps d'enseignement, en langue des signes, des mathématique et de la technologie (informatique). Enfin lors de l'ouverture d'une filière en lycée, j'ai travaillé (1995-1997) à l'introduction des nouvelles technologies (vidéo et internet) dans ces classes ainsi qu'à l'élaboration d'un projet de lycée virtuel, combinant enseignement présentiel, autoformation par ordinateur et enseignement à distance par visio-conférence et Internet, pour assurer l'enseignement à des groupes d'élèves répartis sur tout le territoire. Ces créations successives se sont faites en intégrant progressivement ces classes dans le dispositif ordinaire de l'Education Nationale, en partenariat avec IRIS. En 1998, les premiers élèves ayant suivi toute leur scolarité dans cette structure passaient avec succès les épreuves du baccalauréat . Ceci constitue la seule filière française complète (maternelle-terminale) d'enseignement en langue des signes en milieu ordinaire.
Ayant structuré ce service d'enseignement bilingue, j'en ai quitté la direction fin 1997. J'anime maintenant le département Études & Recherche de l'Institut IRIS. Cette recherche s'effectue sur trois niveaux :
Outre la responsabilité de ce département, j'anime un site Internet, composé d'un site privé qui fédère ces activités et d'un site public qui les présente (http://www.multimania.com/iris/E_R ).
Au cours de ces années, mon souci constant a été :
Cette action concerne maintenant mon enseignement et ma recherche :
En conclusion, cette activité a été extrêmement riche sur le plan créatif et sur le plan humain, et positive quant aux résultats obtenus. Toulouse est la seule ville qui possède cet ensemble de services et la seule à avoir proposé une filière complète d'enseignement en langue des signes.
Cette activité rejoint maintenant mon domaine de compétence universitaire, aussi bien en enseignement (utilisation de l'informatique et d'internet dans la pédagogie) qu'en recherche (analyse de la langue des signes et traitement d'image).
1 Ces activités ont été menées collectivement, avec des enseignants, des parents et surtout des personnes elles-mêmes sourdes qui ont osé se lancer dans un enseignement expérimental alors qu'elles n'avaient pas toujours reçu la formation suffisante. Les activités que je détaille sont celles dont j'ai été l'initiateur et dont j'ai assuré la responsabilité.